L’or au sommet Le 14 septembre 2010 Usine Nouvelle
Le métal jaune a bénéficié de la conjonction d’un rebond de la demande de la joaillerie et de celle des investisseurs, alors que les banques centrales sont devenues acheteurs net.
La cotation moyenne du métal jaune devrait
enregistrer sa dixième hausse annuelle consécutive depuis 2000. Au cours de la décennie, son prix, qui vient d’établir un nouveau record à 1 269 dollars l’once, aura été multiplié par 4. Et la hausse pourrait bien se poursuivre estiment la plupart des analystes, traders et investisseurs interrogés récemment par Bloomberg. Le consensus des spécialistes interrogés prévoit une hausse vers les 1 500 dollars l’an prochain. Dan Brebner, l’analyste de la Deutsche Bank, dont les prévisions pour 2010 se sont révélées les plus justes jusqu’à présent table sur une once à 1 550 dollars.

Le consultant indépendant GFMS, qui publie aujourd’hui le premier complément de son étude annuelle sur l’or, envisage un prix supérieur à 1 300 dollars. « L’or a vraiment été à la hauteur de sa réputation de valeur refuge dans des temps troublés », a souligné le président de GFMS, Philip Klapwijk, expliquant que la demande des investisseurs a été le facteur dominant de la hausse vers des niveaux record au premier semestre. La demande a été dopée par la crise de la dette souveraine en Europe, particulièrement dans les zones germanophones encore sensibles à la problématique des risques d’
inflation. Ce sont les fonds indiciels (les ETF) adossés à du métal physique qui ont le plus bénéficié de cette situation, amplifiée par le maintien des taux d’intérêt à un très bas niveau.
Evoluant habituellement à contre-courant du métal précieux, le dollar s’est cette fois apprécié en parallèle avec le métal jaune, bénéficiant de la « fuite vers la qualité » des investissements. Toutefois, souligne le consultant, les quantités investies sont restées sensiblement inférieures aux énormes volumes investies dans l’or au premier semestre 2009 dans le sillage de la crise financière. La hausse actuelle a largement bénéficié de la moindre disponibilité des broutilles et de la hausse de la consommation de la joaillerie, en particulier en Inde.
Un autre facteur important a été le retournement de politique des banques centrales devenues acheteurs net de métal jaune. Plus que l’achat net de 90 tonnes de métal, c’est l’effet psychologique d’avoir les banques centrales de leur côté qui a renforcé le sentiment positif des investisseurs. Le consultant est encore bullish sur l’or, attendant son cours au-dessus des 1 300 dollars avant la fin de l’année. S’il prévoit des prises de bénéfices en fin d’année, Philip Klapwijk affirme que « la fête n’est pas finie, de nouveaux gains l’an prochain ne doivent pas être écartés ». Les politiques monétaires et fiscales exceptionnellement accommodantes pour écarter les risques d’une retombée dans la crise, minent la valeur des actions et des autres actifs conventionnels et soutiennent les cours de l’or, d’autant qu’elles pourraient affaiblir le dollar.
La forte croissance des grands pays émergents est également favorable à la demande de la joaillerie. Avec une légère augmentation de la consommation des industries électroniques, la tendance devrait demeurer haussière malgré une hausse mineure de la production minière, un arrêt du de-hedging par les mineurs et un possible retour des banques centrales à l’achat.Seule note discordante dans ce concert de prévisions haussières, Nouriel Roubini table sur une stabilisation du prix de l’or. Il s’agit d’une opinion minoritaire, mais très autorisée, l’économiste avait été l’un des seuls à annoncer la crise des subprimes. Le professeur de New York University estime que les deux risques majeurs qui poussent le métal jaune à la hausse – l’
inflation et la crise financière – ont été écartés. Le prix de l’or ne trouvera donc pas de raison de poursuivre sa hausse.