kosmo a écrit:
Incognito, pour revenir au sujet, l'affirmation selon laquelle la bourse ne joue plus son rôle est basée sur une statistique qui montre que sur les dernières années, le flux net de trésorerie est négatif au global sur le CAC40.
Le rôle premier de la bourse, ce n'est pas d'assurer un flux de trésorerie positif pour les sociétés
cotées. La bourse, c'est à la base juste un marché organisé pour faciliter l'échange d'actions (et autres produits financiers). Est-ce qu'on attend d'un marché au poisson qu'il assure de beaux revenus aux pêcheurs? Non, désolé. Cela peut être le cas mais à la base ce n'est pas son rôle. Son rôle, c'est juste de faciliter l'échange de poissons.
De plus, il n'est absolument pas illogique que les flux de trésorerie soit négatif et même largement négatif pour l'ensemble des sociétés, et a priori encore plus pour les sociétés
cotées plutôt mûres qui forment le CAC 40. Au bout du compte, si on investi 100 dans une société, c'est pour en retirer à terme plus que 100.
Statistiquement, dans nos économies relativement stables, les fonds propres apportés aux entreprises devraient être moindre que la somme des dividendes et des rachats d'actions.Cela peut ne pas être le cas dans deux situations à mon avis. Soit l'économie est dans une phase de (très) forte croissance, croissance qui nécessite des investissements bien au-delà de la capacité d'autofinancement collective des entreprises, capacité d'autofinancement qui réflète en fait les investissements moindres du passé. Dans ce cas, les entreprises auront collectivement besoin d'apports de capitaux, dont une bonne part sous forme de fonds propres, et probablement au-delà de ce qu'elles paient collectivement en dividendes/rachats d'actions. Typiquement valable pour des pays émergents.
Deuxième possibilité, les sociétés ont réalisés de mauvais investissements par le passé. Leurs résultats aujourd'hui ne sont par conséquent pas à la hauteur des attentes. Leur capacité d'autofinancement en est affaiblie et éventuellement insuffisante pour couvrir les investissements du futur. Dans ce cas, les entreprises auront besoin de capitaux supplémentaires, dont une partie sous forme de fonds propres, alors qu'elles ne paient pas beaucoup de dividendes et font peu de rachats d'actions à cause de la faiblesse de leur résultats. C'est une situation qu'on a vécu en Europe fin des années 70 et début des années 80. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si plusieurs gouvernements européens à l'époque ont créé des incitants pour faciliter les augmentations de capital (en France: loi Monory).
Pour résumer, le besoin d'apport en fonds propres de l'ensemble des entreprises vs. ce que les entreprises rendent aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions dépend au bout du compte de deux choses:
rentabilité et croissance. La rentabilité des investissements du passé définit la capacité d'autofinancement actuelle des sociétés. Les perspective de croissance future vont définir les besoins d'investissement.
En Europe (et plus généralement dans tous les pays riches), la rentabilité des entreprises est raisonnable et les perspectives de croissance moyenne, et cela depuis un bon paquet d'années. Collectivement, les entreprises ont donc une bonne capacité d'autofinancement et des besoins d'investissement assez raisonnable. Il y a donc constamment un surplus qui peut être distribué aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d'action. Typiquement ce qu'on pourrait attendre dans une économie qui a une croissance stable et assez raisonnable.
Mais attention, une chose est de faire ce constat au niveau de l'ensemble des entreprises, une autre d'en tirer des conclusion au niveau de chaque entreprise individuellement. En fait, toute économie se compose d'entreprises à différents stades de leur cycle de vie. Typiquement, ce sont les entreprises mûres qui paient de gros dividendes et font de gros rachat d'action. Ces entreprises ont rarement besoin de lever des fonds propres supplémentaires.
Par contre, il y a aussi des tas d'entreprises, en général jeunes, qui n'ont quasiment pas de capacité d'autofinancement mais par contre de gros projets d'investissement. Ce sont ces entreprises-là qui auront besoin de lever beaucoup de fonds propres. La bourse n'est pas la seule option pour lever des fonds propres. Mais quand la bourse fonctionne bien, cela peut s'avérer la meilleure option. Pour ces entreprises, la bourse peut être extrêmement utile. kosmo a écrit:
L'autofinancement étant insuffisant pour financer leurs investissements, les entreprises ont eu recours essentiellement à l'endettement et non à des augmentation de capital. Ainsi, si on prend en compte le versement des dividendes, le flux de trésorerie de la bourse est négatif : les investisseurs récupèrent plus d'argent qu'ils en apportent, alors que l'endettement des entreprises augmente. Donc d'un pur point de vue du financement, la bourse ne sert à rien.
D'une manière générale, il y a eu en Europe une forte phase d'investissements entre 2005 et 2008. La capacité d'autofinancement des entreprises a été
légèrement insuffisante pendant cette période. Les entreprises avaient par ailleurs la possibilité d'augmenter leur endettement. Elles ont préféré utiliser cette option plutôt que de réduire les dividendes ou lever des fonds propres. Somme toute assez logique puisque le financement par la dette est bien moins cher que par fonds propres. Mais au bout du compte, les entreprises ne se sont
pas trop endettées. Elles ont d'ailleurs remarquablement bien survécu à la crise. Proportionnellement peu de faillites par rapport à la sévérité de cette crise.