kosmo a écrit:
Sinon, sur le fond de la question :
Incognito a écrit:
Statistiquement, dans nos économies relativement stables, les fonds propres apportés aux entreprises devraient être moindre que la somme des dividendes et des rachats d'actions.
Ca, ca s'apelle une économie en
déflation : il y a peu de croissance, les entreprises font de la productivité sans trop investir, et ont peu de besoin de financement.
Mon affirmation ne nécessite pas une économie en
déflation. Je vais essayer d'illustrer cela avec un modèle économique ultra-simplifié.
- L'économie croît en nominal à 4% par an (2% réel, 2% d'
inflation)
- Tous les investissements ont une durée de vie de un an (c'est l'hypothèse la plus irréaliste dans mon modèle simplifié - les autres hypothèses sont déjà plus réalistes).
- Tous les investissements génèrent un rendement de 7%.
- Les entreprises ne se financent qu'avec des fonds propres.
- Les investissement croissent au même rythme que l'économie.
- Les investissements des entreprises (et donc les fonds propres dans ce modèle simplifié) restent en permanence à 200% du PIB.
Voyons maintenant comment cette économie simplifiée se développe:
- A la fin de l'année zéro, les entreprises investissent 200% du PIB de l'année suivante.
- A la fin de la première année, ces investissements rapportent 214% du PIB en cash, net de tous les coûts, taxes, etc. Ces 214% du PIB, c'est l'investissement initial de 200% du PIB plus le rendement de 7% sur un an. Ces 214% du PIB, c'est aussi la marge d'autofinancement des entreprises.
- En termes comptables, les amortissement seraient de 200% du PIB et le bénéfice net de 14% du PIB.
- A fin de la première année, les entreprises vont devoir investir 200% x (104%) = 208% du PIB. De cette manière, les investissement resteront à 200% du PIB de l'année suivante, et les fonds propres aussi.
- Ces 208% du PIB sont plus que couverts par la marge d'autofinancement de 214% du PIB. Les entreprises peuvent donc rendre à leurs actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d'actions le surplus, càd 6% du PIB (= 214% du PIB - 208% du PIB).
- Le payout dividendaire des entreprises s'élève donc en moyenne à 43% du bénéfice net, càd 6% du PIB de dividendes / 14% du PIB de bénéfices nets.
On a au total une économie qui croît de 4% par an en nominal (2% en réel), et tout le reste croit à la même vitesse: investissements, marge d'autofinancement, fonds propres, bénéfices et dividendes. Par conséquent,
tous les ratios restent constants: fonds propres / PIB, investissements / PIB, bénéfices / PIB, dividendes / PIB, marge d'autofinancement / PIB.
Ce modèle simplifié aide à comprendre pourquoi, dans une économie relativement stationnaire avec une croissance raisonnable, les entreprises payent collectivement plus en dividendes et en rachats d'action qu'elle n'encaissent sous forme d'apports de fonds propres.
La clé du raisonnement, c'est que la rentabilité des investissements est supérieure à la croissance nominale.Dans cette économie, les entreprises n'ont en fait pas du tout besoin d'apports frais de fonds propres, puisque la marge d'autofinancement est constamment suffisante pour couvrir tous les investissements.
En réalité, l'économie comptera à la fois des entreprises en déclin en d'autres en croissance. Les entreprises en déclin croîtront moins vite que le PIB mais auront un payout dividendaire plus élevé. Les entreprises en croissance croitront bien plus vite que le PIB. Mais leur marge d'autofinancement ne suffira pas au début à couvrir leurs investissements. Elles ne paieront pas de dividendes du tout et auront besoin d'apports de capitaux. kosmo a écrit:
A partir du moment où, même lorsque les entreprises anticipent de la croissance, elle n'élargissent pas leur capital, la bourse ne sert plus à grand chose :
o organiser le marché des actions, ce qui est une bonne chose ou un terrain de jeu pour la spéculation financière, selon la religion de chacun
La spéculation, c'est le corollaire de la liquidité des marchés. La liquidité offre beaucoup d'avantages pour faciliter le financement des entreprises, mais je n'ai pas envie de développer maintenant.
kosmo a écrit:
o financer uniquement une minorité d'entreprises, au début de leur vie.
Correct, mais c'est en fait extrêmement important! Ce sont souvent ces entreprises-là qui vont faire l'économie et l'emploi de demain.
kosmo a écrit:
Le second argument de Lordon est que de toute façon, les grandes entreprises n'investissent pas assez, et que le court-termisme boursier ne les incite y pas beaucoup.
(même si je te concède qu'il n'y a pas que ça, voire que c'est pas la raison essentielle)
Comment peut-on vraiment croire que les actionnaires soient court-termistes alors qu'ils sont prêt à investir dans des sociétés internet, bio-techs ou autres, qui vont souvent faire des pertes pendant plusieurs années avant d'éventuellement faire des profits. La grande majorité (80-90%) des actionnaires ne sont pas court-termistes. Ce sont les managements qui le sont.
Par contre, les actionnaires sont effectivement très exigeants quant à la rentabilité des projets d'investissement. Le problème en fait, c'est que trop d'entreprises font des investissements médiocres. Elles approuvent des projets d'investissement avec une rentabilité de 10% par exemple (ce qui serait acceptable pour les actionnaires). Mais au bout du compte, ça se termine souvent en pratique par une rentabilité de 5% par exemple, ce qui n'est pas satisfaisant pour les actionnaires.