Bonjour,
Je passe maintenant à ma propre analyse de l’influence que pourrait avoir l’évolution à la hausse du prix de l’énergie sur l’économie.
Je vais utiliser volontairement des concepts généraux de l’économie classique, sans les développer, de manière à faire ressortir le mécanisme qui me semble à l’œuvre, plutôt que tenter de le justifier fortement dans un premier jet.
Je ne suis pas économiste, même si l’économie générale a intégré mon cursus d’études, j’ai plutôt été un intervenant micro-économique, ce qui implique que je suis attaché au rapport qu’entretient la théorie avec la réalité.
Je tenterai donc, sitôt mon analyse énoncée, de la confronter à la réalité économique qu’elle essaye de décrire, avant un bilan.
L’augmentation du prix de l’énergie se répercute selon moi, en vertu de la composition physique des biens et services en jeu, comme décrit dans mon premier post, dans l’ensemble de l’économie, incitant à une augmentation de l’ensemble des prix des biens et service.
On parle alors d’
inflation.
Dans l’histoire économique, l’
inflation a généralement été attribuée à une demande supérieure à l’offre, incitant le vendeur à augmenter son prix pour augmenter sa marge sans pour autant perdre en volume de vente. Cette augmentation de la demande pouvait être attribuée à une augmentation de pouvoir d’achat des acheteurs, par augmentation des salaires ou mise en circulation abusive de monnaie.
Il convenait alors de circonscrire l’
inflation, dont l’effet perturbateur se faisait essentiellement sentir par la dévaluation engendrée sur l’épargne monétaire.
Les interventions en vue de faire baisser l’
inflation (augmentation du taux directeur, souvent) n’étaient pas néfastes pour l’économie, en tentant de ramener à l’équilibre la demande et l’offre, en limitant la demande.
Mais notre
inflation n’a pas ici pour origine une demande excessive, mais une montée du prix de l’énergie se répercutant dans l’ensemble des matières premières, puis dans les biens et services.
Elle entraîne, toutes choses égales par ailleurs, une baisse du pouvoir d’achat des acteurs économiques, par effet mécanique (érosion monétaire) et psychologique (découragement à l’initiative économique).
La baisse de l’
activité économique joue comme une pression à la récession.
Laquelle à terme aura tendance à calmer l’
inflation.
Tout se passe comme si le système s’autorégulait, lorsque soumis à la pression de la hausse du prix de l’énergie, par une baisse en conséquence de l’
activité économique.
Voyons maintenant si cette analyse théorique est perceptible dans la réalité économique.
Les informations dont je dispose sur l’évolution des prix de l’énergie indiquent une hausse lente des années 1970 à 2000, et une accélération depuis le début des années 2000.
En conséquence, la pression à la récession devant en résulter devrait être plutôt faible jusqu’en 2000 et s’accélérer depuis.
La Banque Mondiale me fournit une statistique sur l’évolution de la croissance mondiale, année par année, depuis 1971, jusqu’à 2010. Pour mettre en évidence une éventuelle tendance de fond, je moyenne par décennie.
J’obtiens :
Pour la décennie 1971/1980 : une croissance moyenne de l’économie mondiale de 3,82%
Pour la décennie 1981/1990 : une croissance moyenne de l’économie mondiale de 3,25%
Pour la décennie 1991/2000 : une croissance moyenne de l’économie mondiale de 2,87%
Pour la décennie 2001/2010 : une croissance moyenne de l’économie mondiale de 2,55%
Premier bilan.
La consultation des statistiques relatives à la croissance de la Banque mondiale met en évidence une tendance lourde à la … décroissance ? A l’effritement de la croissance ? A une croissance plus modérée ? Selon les goûts.
Mais cette tendance ne se manifeste pas comme prédit par la théorie précédente, qui prédisait une baisse modérée durant les trois premières décennies, qui s’accentue durant la quatrième.
C’est l’inverse qui est constaté, un ralentissement de la tendance.
A ce stade, une mise au point s’impose, il n’est pas question ici d’attribuer la tendance à la baisse exclusivement à une pression issue de la hausse du coût de l’énergie. Tout au plus est-elle vraisemblablement un des facteurs d’explication de cette tendance.
Par exemple, les rendements décroissants, qui pèsent lourdement sur les économies développées y ont certainement leur part. Mais celle-ci devrait également s’accentuer, contrairement à ce qui est constaté. La démographie y tient certainement une part.
Plus largement, si l’énergie est un aspect essentiel de l’usage pour nos activités économiques des ressources naturelles, c’est l’ensemble des ressources naturelles qui fait aujourd’hui peu ou prou frein sur la croissance.
Par exemple, 8 à 10 % de l’énergie primaire mondiale est consacrée à extraire et raffiner les ressources métalliques, quand 5% de l’acier mondial est consacré à l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière. Comme la densité des minerais métalliques dans les gisements tend à diminuer au même rythme que celui de l’accroissement des difficultés d’accès à l’énergie, on trouve ici un cercle doublement vicieux …
Des tensions sur les phosphates apparaissent, des fournisseurs d’hélium font état de ruptures d’approvisionnement …
Cela ne nous explique pas pourquoi la tendance semble ralentir alors qu’elle devrait s’accélérer compte tenu de la théorie testée ici.
Pour un connaisseur du fonctionnement social, la réponse est évidente. C’est l’interventionnisme des états (plans de relance, stimulations économiques diverses) qui a contré la tendance étudiée. Il suffit de consulter l’évolution de l’endettement des Etats, évolution largement due à cette lutte anti récession, pour s’en assurer. Cet interventionnisme qui a débuté modestement dans les années 1970 évolue quasi exponentiellement aujourd’hui.
Il est à ce point aisé de constater que la théorie proposée n’est pas contestée par les faits.
On constate une baisse du niveau de croissance, qui peut, entre autre, s’expliquer par une pression issue de l’augmentation du coût de l’énergie.
La tendance a ralenti durant la dernière décennie, mais c’est vraisemblablement attribuable à l’interventionnisme étatique, qui disposait encore des moyens d’œuvrer sur cette période.
L’interventionnisme étatique pourra-t-il encore lutter longtemps ? J’en doute.
L’interventionnisme étatique était alimenté par la croissance de l’épargne, qui s’essouffle en même temps que la croissance, quand les besoins des Etats explosent. La monétisation désormais largement employée n’est pas une solution durable.
Cette analyse me permet de prédire une entrée du monde dans la récession durable à une échelle de quelques années, avec de bonnes chances de succès.
Après, ou même avant, l’aventure commence. Car nos sociétés humaines ont basé l’ensemble de leur fonctionnement sur la croissance.
Vous trouvez sur ce fil une bonne partie des éléments qui expliquent ma croyance en un rôle important de l’énergie, et au-delà, de l’ensemble des ressources naturelles, dans l’économie.
Et par extension, ma croyance dans le fait que la crise économique actuelle n’est pas conjoncturelle, mais structurelle, et que son issue est très prévisible, si rien d’important ne vient rapidement changer la donne.