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Le livre de Jesus Huerta de Soto, L’école autrichienne. Marché et créativité entrepreneuriale (Institut Charles Coquelin - 2008) est une invitation à l’érudition libérale.
Une nouvelle excellente initiative de l’Institut Charles Coquelin dirigé par l’infatigable Philippe Nataf : la publication de cet essai (traduit de l’espagnol) extrêmement utile abordant le contenu et les caractéristiques de l’Ecole autrichienne d’Economie. De la conception dynamique du marché jusqu’aux différences avec l’école néoclassique, en partant de l'Ecole de Salamanque et de Carl Menger, l'ouvrage donne un aperçu plus que complet des libéraux autrichiens. Insistant, bien entendu, sur la figure de Böhm-Bawerk et les oeuvres de Hayek et de von Mises, l’auteur profite pour répondre aussi aux critiques faites à l’Ecole autrichienne surtout par des personnes n’ayant jamais lu ses représentants. Un ouvrage universitaire (Huerta de Soto est enseignant à l’Université de Madrid) qui mériterait d’être étudie dans les facultés d’économie françaises où l’on enseigne, sauf avec de rares exceptions, que les néoclassiques et les keynésiens.
L’auteur explique de manière très pédagogique comment les théoriciens autrichiens conçoivent la Science économique en tant que théorie de l’action plus que de la décision. C’est le concept d’action humaine qui est plus fort que celui de décision individuelle dans un contexte de connaissance « donnée » de fins et de moyens (Kirzner). En réalité, l’homme cherche en permanence de nouveaux moyens et de nouvelles fins. Pour les autrichiens, l’économie est absorbée dans le cadre plus vaste d’une théorie générale de l’action humaine au sein de laquelle intervient le subjectivisme. La conception subjectiviste essaye de construire la Science économique toujours à partir de l’être humain qui est à l’origine de tous les processus sociaux. Contrairement aux néoclassiques, l’Ecole autrichienne considère par exemple la production non pas comme un fait physique naturel et externe mais comme un phénomène intellectuel et spirituel. D’où la fonction entrepreneuriale qui occupe une place essentielle chez les économistes autrichiens. Pour eux, le rôle essentiel de l’entrepreneur consiste à créer de l’information nouvelle sinon celui-ci ne peut pas prendre de décision uniquement sur la base des profits et coûts espérés. Toujours pour les autrichiens il est faux de croire que le profit entrepreneurial découle de la simple prise de risques. Le risque n’engendrerait qu’une augmentation du coût du processus de production qui n’aurait rien à voir avec le profit entrepreneurial. Je considère que c’est partiellement vrai car un entrepreneur doit anticiper et toute anticipation sans l’information nécessaire est une prise de risque. Embaucher quelqu’un est une prise de risque car on ne sait pas si l’individu sera à la hauteur des missions qui lui seront attribuées. Ainsi que la création de nouveaux produits est une prise de risques.
Très intéressantes les pages consacrées aux débats entre économistes autrichiens et Stiglitz, l’ami de notre président et créateur de nouveaux instruments de mesure pour calculer notre bonheur. Ils reprochent justement à Stiglitz de ne pas avoir intégré à sa théorie de l’information la fonction entrepreneuriale et de ne pas voir que l’information est toujours subjective et que les marchés, que celui-ci considère « imparfaits », donnent l’occasion de faire des gains inattendus. Ce qui est certain c’est que la lecture de cet ouvrage est effectivement un gain…attendu.
Bogdan Calinescu
Le 25 septembre 2009
Citer:
http://www.libres.org/francais/livres/livres_2009/092509_huerta_de_soto.htm
Disponible ici:
http://institutcharlescoquelin.webs.com ... mmande.htm