Ce nouvel accélérateur est un outil extraordinaire. Il permet d'atteindre une énergie et un taux de collisions très grands. Pourquoi a t-on besoin d'ếnergie et d'un grand nombre de collisions ?
1) La grande énergie du LHC permet d'étendre les limites du domaine exploré par les physiciens d'un ordre de grandeur, en gros. Ne jamais oublier E=mC2. Et donc les phénomènes à grande énergie (comme les collisions des faisceaux des accélérateurs) donnent accès à des particules plus lourdes, non encore découvertes.
2) Le très grand nombre de collisions permet de mesurer les propriètés des certaines particules très très rares.
Une autre façon d'expliquer ce qui se passe dans les collisions, c'est qu'on y dispose d'une densité d'énergie équivalente à celle qui prévalait quelques instants après le big bang. Et que donc augmenter l'énergie, c'est aussi quelque part remonter dans le temps. Le LHC permet d'apercevoir fugacement la nature telle qu'elle était quelques 1e-10 s après le big bang. Une éternité à l'échelle des particules.
Les physiciens auront besoin de plusieurs milliards de collisions pour éventuellement découvrir de nouveaux phénomènes ou de nouvelles particules. Mais on n'est pas à l'abri d'une bonne surprise. La nature peut se révéler plus surprenante que ce que nous croyons et nous gratiffier d'une belle découverte en quelques semaines ou queques mois.
Si on reste sur le chemin balisé par les théories les plus communes et par la précédente génération d'expérience, le LHC devrait répondre à 3 questions fondamentales:
1) L'origine de la masse des particules: le fameux boson de Higgs. Existe-t-il vraiment ? S'il existe, il n'échappera pas au LHC.
2) La symètrie fermion-boson: Il y a une très jolie théorie qui dit que les briques de l'univers (fermions) et son ciment (boson) sont 2 manifestations différentes d'une mème entité. Cette théorie prédit l'existence d'une flopée de nouvelles particules plus lourdes. Elle n'a jamais été confirmée expérimentalement. C'est un des principaux axes de recherche.
3) L'observation des infimes différences entre les particules et les antiparticules devrait nous indiquer des pistes de recherche pour comprendre enfin ou est passée l'antimatière après le big bang. L'antimatière n'a jamais été observée à l'état naturel (à ne pas confondre avec les antiparticules, observées de façon routinière dans les rayons cosmiques), et on ne sait pas pourquoi. Au big bang, les lois de conservation nous apprennent que s'il y a création de matière, il y a eu aussi de l'antimatière. 15 milliards d'années plus tard, ne reste que la matière. Pourquoi ?
Et pour le quark b dont wotan parlait, il s'agit d'une particule découverte en 1977, qui n'a pas encore révélé tous ses secrets. Elle a été étudiée sous toutes ses coutures, mais on compte sur le LHC pour augmenter la précision de ces études. Elle est un cobail de choix pour le point 3 cité plus haut.
Son nom (beauté) est très poétique, et vient d'une petite tradition de physiciens des années 60-70, qui ne manquaient ni d'humour ni de personnalité.
La première particule à recevoir un nom poétique fut le quark étrange, car avant de l'identifier, on avait trouvé son comportement ... étrange. Ensuite ce fut le quark charmé et le quark beau. Et je vous raconte pas la façon dont vous êtes fusillés du regard quand, jeune impétrant, vous tentez des jeux de mots tout pourris avec ces noms si poétiques...
