de Paul Léautaud. C'est intéressant, quelques parallèles avec notre époque sont marquants, et les réfléxions et humeurs de Léautaud sont proches de certaines de forumeurs
Lundi 25 juin 1928 :
C’est fait. La stabilisation est officielle.
Le Franc vaut vingt centimes. Nous faisons faillite des 4/5. Les
futures pièces d’argent : 1 franc vaudront 5 francs. 20 francs vaudra cent francs. Les rentiers d’avant guerre écopent sérieusement.
On a donné en faveur de la stabilisation des arguments qui ont leur valeur. Je reste quand même stabilisateur,
mais il aurait fallu un gouvernement et de vraies mesures. Nous n’avons pas eu le premier, et pour les secondes, il m’a tout l’air que les Français sont trop bêtes.
Un système rigoureux d’économies – mais des économies pour de bon, - une forte contribution imposée aux grands établissements financiers, et en cas de refus, la saisie, dans l’intérêt général – l’obligation pour toutes les catégories de contribuables de payer réellement l’impôt, et non certaines seulement payant quand d’autres se dérobent, - le régime, dès de le lendemain de la fin de la guerre et pendant une bonne dizaine d’année, et je suis bien sûr qu’on serait revenu à un franc bien près du pair. Je le répète : les Français sont trop bêtes, trop malhonnêtes, le Parlement trop incapable et le gouvernement trop poltron.
C’est bien au reste le caractère français (j’en suis un exemple) de remettre au lendemain la solution des difficultés, quitte à les voir multipliées un beau jour et plus graves.Ce qui ressort le plus clair des explications de Poincaré à la Chambre, c’est que le pays est dans la dépendance de la Banque de France.
L’Etat maître de la Banque cela peut avoir des difficultés : le gaspillage, le favoritisme, la fabrication abusive de la monnaie, mais la Banque maîtresse de l’Etat, cela n’est pas brillant non plus.
La Banque de France, comme toutes les autres banques, sort de la guerre et des suites de la guerre formidablement enrichie. Il n’y a qu’à voir le cours de ses actions ces dernières semaines. Jacobin si on veut : il ya beau jour que, gouvernement j’aurais mis la main (momentanément si l’on veut) sur cette fortune.La France a eu la victoire, puisque c’est le mot. Elle ne s’en trouve pas moins ayant perdu, on peut bien dire, sans risque de se tromper beaucoup, la moitié de sa fortune. Il n’y a pas eu un député, dans ce parlement, de bavards incapables, pour jeter à la figure de Poincaré ce qu’il mérite qu’on lui dise, pour la guerre qui nous vaut ces beaux résultats.